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Intervention de Roberto Quaglia (Lista Pannella)
Quand j'étais petit garçon et que j'allais à l'école, je me souviens que parmi les diverses choses on m'enseigna à grands traits l'histoire d'Amérique. L'un des phénomènes les plus effroyables qu'on nous enseignait de l'histoire d'Amérique était l'abomination de la colossale traite des esclaves qui il y a des siècles marqua toute une époque. Les marchands d'esclaves abordaient avec leurs navires sur les côtes africaines, faisaient irruption armés parmi les tribus locales sans défense et littéralement enlevaient des milliers et des milliers d'êtres humains qui comme du bétail étaient transportés en Amérique pour être réduits en esclavage dans les champs de coton et ailleurs. Puis il y eut la guerre de Sécession. Comme nous le savons, les nordistes gagnèrent, l'esclavage fut aboli, et tout est bien qui finit bien.
C'est donc peut-être en vertu de cet héritage culturel qui nous est commun que ces dernières années j'ai dû me rendre compte avec un effarement croissant que ces horreurs du passé, lesquelles - je pense - continuent d'être enseignées dans les écoles italiennes comme telles, sont tout sauf mortes et enterrées. Pire, ces horreurs sont parmi nous, parmi nous Italiens, parmi nous Gênois, et voilà pourquoi l'affaire concerne de près aussi notre Conseil Municipal, parce que nous, nous Italiens, nous Gênois, sommes à part entière participants à ces horreurs, même si, pour des raisons de très basse convenance, bien peu d'entre nous aiment s'en rendre compte et préfèrent cacher à eux-mêmes et aux autres cet infame état des choses.
Pour qui serait assez aveugle pour ne pas avoir encore compris de quoi diable je parle, je précise que je me réfère à la traite d'êtres humains à fin d'exploitation sexuelle. Une étude détaillée et fiable de Caritas, Parsec et de l'Université de Florence estime qu'il y a aujourd'hui en Italie de 19 000 à 25 000 jeunes filles étrangères vouées à la prostitution, la quasi-totalité desquelles se trouve en régime d'esclavage. Je répète le concept : de 19 000 à 25 000 jeunes filles, la quasi-totalité desquelles vit en véritable régime d'esclavage ! Ce n'est pas une opinion à moi, monsieur le Président, monsieur le Maire, mesdames et messieurs les collègues. Il s'agit d'une situation objective de fait, émergeant de manière incontestable des actes d'un récent séminaire promu à ce propos par la Caritas Italiana, dont les arguments les plus significatifs ont été par moi repris parmi les prémisses de la motion que je suis en train d'illustrer et donc je ne les répète pas in extenso dans cette intervention qui est la mienne.
Donc des dizaines de milliers d'esclaves parmi nous, comme des dizaines de milliers d'esclaves dans cette lointaine Amérique esclavagiste qu'en paroles - hélas pour nous souvent seulement en paroles - nous sommes tous si prompts à condamner sans doutes, ni appel. Certes, ce n'est pas la même chose, dira quelqu'un. Mais, réponds-je, les différences qui existent pourtant ne nous font aucun honneur, puisqu'il s'agit de différences apparentes et non substantielles, un voile hypocrite avec des fonctions d'alibi pour les consciences.
Eh, oui, mesdames et messieurs, l'esclavage en Italie existe aujourd'hui, mais aux utilisateurs finaux de cette abomination - ceux pour lesquels elle est accomplie - il n'est pas commode de savoir qu'il s'agit d'esclavage. Cela gâcherait peut-être leur plaisir pubien. L'esclavage moderne se déguise pour éviter des scrupules de conscience à qui fait usage des services qu'il offre. À Gênes comme en Italie, mesdames et messieurs, aujourd'hui on va aux putes - et vous me pardonnerez si je cite la Réalité avec le langage de la réalité - dans l'erronée conviction de payer une libre jeune fille qui a librement choisi d'effectuer des prestations sexuelles en échange d'argent. Au contraire, dans la majorité des cas, ce n'est pas du tout ainsi. La réalité est différente de comme par convenance elle apparaît. La plupart des jeunes filles sont attirées dans notre pays par la tromperie, et une fois ici, chez nous, en Italie, un pays qu'il nous plaît de croire libre, elles sont réduites en esclavage.
À chercher la petite bête dans l'Homme, il n'est nullement infondé de supposer qu'aussi au temps de l'esclavage en Amérique, les bénéficiaires des services effectués par les esclaves avaient peu conscience de l'aspect réprobable du phénomène auquel ils participaient. Après tout, ce n'étaient pas eux qui avaient enlevé des êtres humains et les avaient réduits en esclavage. Ils payaient les esclaves au moment de l'achat, puis les logeaient et les nourrissaient leur vie durant en échange de leur travail. Probablement, à leurs yeux il n'y avait rien d'étrange et de réprobable. Après tout, aujourd'hui encore le monde libre est plein de personnes qui avec leur travail réussissent à peine à se garantir le nécessaire couvert et un logement. Sans parler des sans-emploi dans les pays où à ne pas travailler on meurt aussitôt de faim. Les esclavagistes américains avaient donc probablement une excellente opinion d'eux-mêmes et de ce qu'ils faisaient, puisque évidemment ils n'y voyaient rien de mal, exactement comme beaucoup de citoyens italiens, aujourd'hui, jugent parfaitement normal et commode de se servir plus ou moins systématiquement des services sexuels des esclaves qui leur sont offertes dans la rue. Le geste de payer la prestation en effet libère le client de tout soupçon d'avoir abusé d'une esclave. Mais nous savons que cet argent ira finir dans les poches des esclavagistes, auxquels ces jeunes filles littéralement appartiennent.
En outre, il y a à considérer un autre argument : La psyché humaine est une matière bien curieuse. Les êtres humains, surtout quand ils sont jeunes, acquièrent leur propre identité sur la base de ce qu'ils font habituellement. Raison pour laquelle, la plupart de ces gamines jetées sur le trottoir contre leur volonté, après quelque temps se résignent à être ce qu'elles ont été contraintes de devenir. Que cela ne serve d'alibi pour personne. Même au temps de l'esclavagisme en Amérique, à une grande partie des esclaves à la fin ne restait rien d'autre que l'identité d'esclave. Beaucoup de ceux qui là-bas naissaient esclaves, ne rêvaient nullement d'être un jour libérés, tant ils étaient aussi mentalement esclaves. Tout cela ne justifie ni l'esclavagisme d'alors, ni celui d'aujourd'hui.
Mais ce qui vraiment m'inquiète, je dois l'avouer, ce n'est pas exactement le fait qu'aujourd'hui en Italie, ainsi qu'aujourd'hui à Gênes, soit pratiqué l'esclavagisme et que les citoyens italiens et ceux gênois en soient les utilisateurs. De la masse des êtres humains, je me suis résigné à ne pas attendre grand-chose de plus. Ce qui m'inquiète, c'est que les institutions mêmes de notre société civile soient pratiquement inertes et indifférentes face à un tel état des choses. Çà et là quelqu'un s'indigne, c'est vrai. Mais ce sont des individus isolés. Et ils servent à peu. Les institutions en tant que telles sont à ce propos arrêtées, immobiles, tout à fait inutiles, occupées à de tout autres affaires. Cet état des choses doit changer rapidement. Il est intolérable que dans un pays qui se dit civil, dans lequel tous rivalisent pour protéger les droits de quiconque pourvu que l'affaire garantisse des retours économiques ou électoraux, on tienne les yeux très fortement fermés pour ne pas voir et ne pas combattre la honteuse violation des droits humains qui dans notre pays s'accomplit aujourd'hui avec la persistante exploitation sexuelle forcée de jeunes gamines étrangères qui ont rêvé d'une vie meilleure dans notre pays, et auxquelles notre pays aujourd'hui au contraire ne réserve qu'esclavage et viols. Si mes paroles sonnent mélodramatiques à quelqu'un, je garantis qu'elles sont au contraire bien moins dramatiques que les atrocités que les jeunes filles déportées - Oui ! Déportées ! - dans notre pays sont contraintes de subir. Le 25 avril dernier, Fête de la Libération - et Dieu seul sait combien de milliers de gamines étrangères aujourd'hui en Italie rêvent d'être libérées de leur déportation en Italie - le 25 avril dernier près de Trezzo sull'Adda, est retrouvée une jeune fille albanaise morte. Le côté gauche du visage est arraché par trois coups de marteau. Le corps est équarri de la trachée au pubis et de rein à rein. Équarri en croix pour extraire l'enfant de trois mois qu'elle élevait dans son sein. Équarrie ostensiblement pour montrer aux autres esclaves ce qui serait arrivé à quiconque aurait tenté d'échapper à la prostitution en concevant un enfant. Cela aussi c'est l'Italie aujourd'hui. Il faut ouvrir les yeux, s'en rendre compte et agir en conséquence.
À Gênes, comme dans le reste de l'Italie, on viole aujourd'hui des droits humains ! Combien de fois ce Conseil s'est-il arrêté à dépenser des paroles pour commémorer des horreurs lointaines dans le temps, pour stigmatiser les droits humains violés ailleurs ? Tout va bien, tout est sacro-saint et nous le savons bien, mais à condition de ne pas négliger la plus grosse horreur de toutes du fait qu'elle nous concerne directement, en étant nous participants. Oui, participants ! Là où il n'y a pas de demande, ne se développe pas un marché. La traite des esclaves en Italie existe aujourd'hui parce qu'à beaucoup d'Italiens il est commode qu'elle existe, même si par lâche hypocrisie ils feignent qu'elle n'existe pas, et parce qu'aux autres Italiens, qui des esclaves ne se servent pas, du destin de celles-ci il importe peu pour ne pas dire rien.
Quand la France a récemment effectué les fameuses explosions nucléaires, une partie de nous Italiens a boycotté le marché des produits français. Pourquoi aucun de ces vertueux n'a-t-il jamais demandé à grands cris de boycotter le marché de la prostitution esclavagiste ? Une partie de nous Italiens parfois invoque même à grands cris le boycott d'une chaîne de télévision ou l'autre. Pourquoi aucun de ces vertueux n'a-t-il jamais demandé à grands cris de boycotter le marché de la prostitution esclavagiste ? En Italie on boycotte volontiers de tout : des impôts aux règles, des fourrures de vison d'élevage aux livres des intellectuels non d'élevage. Aux référendums. Loin de moi le geste de contester les raisons d'aucun boycott. Chacun est libre de boycotter ce qui lui plaît le plus. Mais je me demande : Pourquoi aucun de ces vertueux n'a-t-il jamais demandé à grands cris de boycotter le marché de la prostitution esclavagiste ?
Ce qui manque à ce propos en Italie, c'est la conscience de ce qui est en train de se passer. Les camps de concentration nazis et l'extermination des juifs furent possibles parce que personne alors en Allemagne, à part les dignitaires nazis, ne sut ou ne voulut savoir ce qui était en train de se passer. L'esclavage aujourd'hui en Italie, toutes proportions gardées, prospère pour les mêmes raisons : l'indifférence et l'aveuglement de tous qui laissent les mains libres à quelques criminels.
Que pouvons-nous faire, nous, notre petit et modeste Conseil Municipal, pour affronter avec dignité cet indigne état des choses ? Pas énormément, en vérité. Mais pas peu non plus. En réalité, nous pouvons faire exactement tout le possible, c'est-à-dire ce qui nous vient à l'esprit de pouvoir faire à ce propos, et qui rentre dans nos facultés de faire. Je me suis permis une tautologie, pour mettre en évidence notre devoir de ne rien laisser de non tenté pour affronter comme il se doit ce genre de situation.
Avant tout, nous devons nous rendre pleinement compte de la gravité du problème. Je doute que cette conscience existe déjà, dans ce Conseil, dans la mesure voulue. Je rappelle que lorsque pour la première fois, en conférence des Chefs de groupe, je mentionnai le fait d'avoir en préparation une motion sur le problème de l'esclavage à Gênes, je suscitai l'hilarité chez certains collègues - et aussi chez un adjoint ! À ce propos, je cite textuellement les paroles récemment prononcées par la Ministre Livia Turco : « ...en discutant de la « traite » avec une journaliste déjà sensible au problème, j'ai remarqué que mon interlocutrice restait un instant interdite devant le type de terminologie utilisé par moi. »
Ce sont des paroles de la ministre Livia Turco. Nous assistons sans la voir - les yeux doublés de jambons télévisuels - à une véritable traite des esclaves, que la conscience peine à saisir dans toute son atrocité, tant elle semble sortie d'un improbable cauchemar d'obscurs retours médiévaux. Et pourtant, nous devons nous rendre compte de la gravité de la situation, sinon jamais nous n'aurons la force de penser et de faire quelque chose de réellement utile vers le dépassement de ce drame.
Toujours la ministre Livia Turco, dans la même occasion affirmait : « Il sera donc juste l'implication au niveau local des Administrations, pour qu'elles interviennent et soutiennent les propositions et se chargent du problème. » Je suis d'accord. Les villes sont le lieu où le problème s'affirme et se concentre. C'est dans les villes que l'infection de l'esclavage moderne a ses pires foyers, c'est dans les villes qu'on doit mobiliser les anticorps pour revenir à une santé civile digne de ce nom. Nous avons peu d'armes. Nous devons toutes les utiliser. Nous devons d'abord prévoir et rendre rapidement opérationnelles des structures capables d'accueillir et de protéger toutes les esclaves qui décideraient de tenter la fuite de leur horrible condition. C'est un impératif incontournable. Comme Administration, nous n'aurons peut-être pas le pouvoir d'arracher physiquement les victimes à leurs bourreaux, mais ce serait la plus honteuse omission de secours que de ne pas nous préparer à accueillir et aider les jeunes filles qui au risque de leur propre vie et de celle de leurs proches - qui non rarement sont tenus en otage dans leurs pays d'origine - oseraient tenter la fuite de leur enfer. Je crois qu'il y a quelque temps l'Administration a annoncé la constitution d'un observatoire sur ce problème. J'espère qu'elle l'a fait. Mais observer ne suffit plus ! On observe un panorama, face à un drame on intervient ! Sans que je veuille manquer de respect à quiconque, j'avertis que l'observation du problème non suivie d'initiatives concrètes risquerait de dégénérer en un fatuel et stérile voyeurisme. Je ne crois pas que ce soit là la volonté de l'exécutif, et je me suis permis la phrase précédente pour imprimer de la manière la plus indélébile possible en nous tous l'urgence d'un tournant concret et tangible dans l'engagement de nous tous pour la lutte contre l'esclavage dans notre ville et dans notre pays. Comme dit, nous avons peu d'instruments. Mais David abattit Goliath avec une fronde.
L'information est notre meilleur vaccin. Nous devons informer les centaines ou les milliers de jeunes filles qui dans notre ville vivent en régime d'esclavage, de tous leurs droits et opportunités. Les esclaves sont en général endoctrinées à craindre les forces de l'ordre et les institutions italiennes même plus que leurs geôliers. Ce mensonge doit être dissipé. J'exhorte l'Administration municipale à imprimer périodiquement des brochures rédigées dans les langues généralement comprises par les jeunes filles déportées dans notre ville, dans lesquelles soient clairement illustrés leurs droits et les opportunités que l'État italien et notre Commune offrent pour leur protection. Qu'on distribue de manière capillaire ces brochures parmi les prostituées qui le soir affluent sur les trottoirs et dans les autres milieux où l'on soupçonne que les jeunes filles-esclaves puissent être tenues cachées. Qu'on répète les mêmes informations sur des affiches placées dans toute la ville. Qu'on lance une campagne de sensibilisation, dirigée à tous nos concitoyens, sur les caractéristiques exactes de cet infame état des choses. Le gamin qui le soir allègrement embarque une belle jeune fille étrangère en voiture pour s'amuser un peu, y réfléchira peut-être à deux fois en sachant que c'est son geste, ajouté à celui des autres, qui alimente un marché des esclaves qui sans demande n'existerait pas. Il y réfléchira à deux fois et puis peut-être le fera quand même, mais entre-temps il y aura réfléchi à deux fois, et deux autres fois il y réfléchira la fois d'après. À force de réfléchir, tôt ou tard, il pourrait aussi lui venir à l'esprit quelque chose de nouveau. Il pourrait lui venir à l'esprit, c'est-à-dire, que le plaisir de sa transgression est tout à coup inférieur à la gêne de se savoir élément causal et utilisateur d'une traite des esclaves, et alors, et seulement alors, peut-être renoncera-t-il à son caprice.
Informer, informer, informer ! Informer les esclaves des opportunités qui leur sont offertes, informer les citoyens du crime auquel ils participent en utilisant les esclaves, informer nos plus hautes charges de l'État de la nécessité d'urgentes interventions législatives et organisationnelles à ce propos et de notre pleine disponibilité et volonté d'œuvrer tout de suite. Informer les plus hauts organismes internationaux de nos résolutions, et les exhorter à s'activer sur ces sujets. Contacter tous les autres Chefs-lieux italiens pour les informer de nos décisions et établir des liens de coopération. Informer, voilà la première chose à faire. Suivent les autres. J'espère qu'elles se feront. Si les Italiens ne savent pas surmonter l'actuelle infamie de cette persistante déportation de masse de milliers de jeunes filles en esclavage, arrachées à leurs normes et à leurs familles lointaines pour être réduites en chair à sexe forcée sur les trottoirs italiens, pour l'inconsciente satisfaction sexuelle de tant de braves Italiens, il y aura vraiment, mais je dis vraiment, de quoi avoir honte d'être italiens.
Il y a des années, des légendes urbaines évoquaient le spectre d'une traite des blanches, enlevées dans nos pays et vendues à d'obscurs cheikhs bédouins de pays lointains, dans les harems desquels elles seraient pour toujours restées recluses. Probablement ces légendes avaient du vrai. Aucune personne qui ait jamais été dans ces fantomatiques harems n'est jamais revenue le raconter. Comment se sentirait chacun de nous si sa propre fille était enlevée et condamnée à satisfaire toute sa vie les envies de quelque misérable sultan de son oasis au milieu d'un désert oublié ? Cela par bonheur n'arrive jamais ou presque. Ce qui est sûr par contre, c'est qu'aujourd'hui c'est l'inverse qui se passe. C'est nous Italiens, pour quelque parent lointain et pour l'esprit épouvanté des gamines déportées chez nous, les immondes sultans qui au mépris de tout font leurs besoins là où, malgré les apparences postiches, il n'est nullement requis que ces besoins se fassent. Prenons-en acte, et agissons en conséquence de toutes les manières possibles.
Roberto Quaglia
Ill.mo Sindaco
del Comune di Genova
Ordre du Jour
s u r l ' é m e r g e n t p r o b l è m e d e l ' e s c l a v a g e
a à d e s f i n s d e p r o s t i t u t i o n
a G ê n e s c o m m e d a n s l e s a u t r e s v i l l e s i t a l i e n n e s
Le Conseil Municipal de Gênes
Vu que
dans la Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage, signée à Genève le 7 septembre 1956, on lit entre autres :
- PRÉAMBULE :
- Considérant que la liberté est un droit que tous les êtres humains acquièrent à la naissance ;
- Conscients de ce que le peuple des Nations Unies a confirmé dans la Charte, sa foi en la dignité et la valeur de l'être humain ;
- Considérant que la Déclaration universelle des droits de l'homme, que l'Assemblée générale a proclamée comme idéal commun à atteindre pour tous les peuples et toutes les Nations, dispose que nul ne sera tenu en esclavage et que l'esclavage et la traite des esclaves sont abolis sous toutes leurs formes ;
- Reconnaissant qu'après la conclusion, à Genève, le 25 septembre 1926, de la Convention relative à l'esclavage, qui vise à supprimer l'esclavage et la traite des esclaves, de nouveaux progrès ont été faits dans cette direction ;
- Tenant compte de la Convention de 1930 concernant le travail forcé et de ce qui a été fait ensuite par l'Organisation Internationale du Travail et de ce qui concerne le travail forcé obligatoire ;
- Constatant toutefois que l'esclavage, la traite des esclaves et les institutions et pratiques analogues à l'esclavage n'ont pas encore été éliminés dans toutes les régions du monde ;
- Ayant décidé en conséquence à la Convention de 1926, qui est toujours en vigueur, de se prévaloir d'une Convention supplémentaire destinée à intensifier les efforts, tant nationaux qu'internationaux qui visent à abolir l'esclavage, la traite des esclaves et les institutions et pratiques analogues à l'esclavage ;
- SECTION PREMIÈRE
- Article premier.
Chaque État participant à la présente Convention prendra toutes les mesures, législatives et autres, qui seront réalisables et nécessaires pour obtenir progressivement et dès que possible l'abolition complète des institutions et pratiques suivantes, là où celles-ci existent encore, c'est-à-dire celles qui rentrent ou non dans la définition de l'esclavage qui figure au 1ᵉʳ art. de la Convention relative à l'esclavage signée à Genève le 25/9/1926 ;
- a) l'esclavage pour dettes c'est-à-dire la condition qui résulte du fait qu'un débiteur est engagé à fournir, comme garantie d'une dette, ses services personnels ou ceux de quelqu'un sur lequel il a autorité ; si la valeur de ces services n'est pas destinée à la liquidation de la dette ou si la durée de ces services n'est pas limitée, ni leur caractère défini, on a l'esclavage pour dettes ;
- b) le servage, c'est-à-dire la condition de quiconque est tenu par la loi, l'habitude ou un accord, de vivre et de travailler sur une terre appartenant à une autre personne et de fournir à cette autre personne, en échange d'une compensation ou gratuitement, certains services déterminés, sans pouvoir changer cette condition ;
- c) Toutes les institutions ou pratiques en vertu desquelles :
- I) une femme, sans qu'elle ait le droit de se refuser, est promise en mariage en échange d'une
- contrepartie en argent ou en nature versée à ses parents, à son tuteur, à sa famille ou à d'autres personnes ou groupes de personnes ;
- II) le mari d'une femme, la famille ou d'autres ont le droit de céder la femme à un tiers, à titre onéreux ou autrement ;
- III) la femme peut, après la mort de son mari, être héritée par une autre personne ;
- d) toute institution ou pratique en vertu de laquelle un enfant ou un adolescent de moins de 18 ans est confié, soit par ses parents, ou par l'un d'eux, soit par son tuteur, à un tiers, avec paiement ou non « à la livraison », en vue de l'exploitation du travail convenu de l'enfant ou de l'adolescent.
- SECTION II (Traite des esclaves)
- Article 3
- Le fait de transporter ou de tenter de transporter des esclaves d'un pays à un autre par un moyen de transport quelconque ou le fait d'être complice de ces activités, constituera une infraction pénale au regard de la loi des États Participants à la Convention et les personnes reconnues coupables d'une telle infraction seront passibles de peines très rigoureuses.
- a) Les États participants prendront toutes les mesures efficaces pour empêcher les navires et les aéronefs autorisés à parcourir leur territoire, de transporter des esclaves et prendront toutes les mesures efficaces pour punir les personnes coupables de ces actes ou coupables d'utiliser le territoire national à cette fin ;
- b) Les États participants prendront toutes les mesures efficaces pour que leurs ports, leurs aéroports et leurs côtes ne puissent servir au transport des esclaves.
- Les États participants à la Convention échangeront des informations afin d'assurer la coordination pratique des mesures prises par eux dans la lutte contre la traite des esclaves et s'informeront mutuellement de tous les cas de traite des esclaves et de toutes les tentatives d'infraction de ce genre dont ils auront connaissance.
- Article 4
Tous les esclaves qui se réfugient à bord d'un navire d'un État participant à la présente Convention seront libres « ipso facto ».
- SECTION IV (Définitions)
- Article 7
Aux fins de la présente Convention :
- a) L'esclavage, tel qu'il est défini dans la Convention de 1926, est l'état ou la condition d'un individu sur lequel s'exerce l'attribution du droit de propriété et l'esclave est l'individu qui est dans cette condition.
- b) La personne « en condition d'esclavage » est celle qui est indiquée dans le Statut, c'est-à-dire dans la condition qui résulte de l'une des institutions ou pratiques vues à l'article premier de la présente Convention.
- c) La « traite des esclaves » établit et comprend tous les actes de capture, d'acquisition ou de cession d'une personne pour la réduire en esclavage, tous les actes d'acquisition d'un esclave en vue de le vendre ou de l'échanger, ainsi qu'en général tous les actes de commerce et de transport des esclaves et ceux qui sont les moyens de transport utilisés.
- SECTION V (Coopération entre les États Participants et communication d'informations)
- Article 8
- Les États Participants à la Convention se sont engagés mutuellement à offrir un concours mutuel et à coopérer avec l'Organisation des Nations Unies en vue des dispositions énumérées précédemment.
- Les États Participants à la Convention s'engageront à communiquer au Secrétaire Général des Nations Unies copie de toutes les lois, tous les règlements et toutes les décisions administratives adoptés ou mis en vigueur pour donner effet aux dispositions de la présente Convention.
- Le Secrétaire Général communiquera les informations acquises, en vertu du paragraphe deux du présent article 8, aux États Participants et au Conseil économique et social, lequel adoptera ces discussions comme documentation à discuter et procédera à poser de nouvelles recommandations concernant l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves ou des institutions et pratiques qui sont l'objet de la Convention.
- SECTION VI (Clauses finales)
- Article 9
Aucune réserve à la Convention ne sera admise.
- Article 15
- La présente Convention dont les textes anglais, chinois, espagnols, français et russes feront légalement foi, sera déposée dans les archives du Secrétaire des Nations Unies. Le Secrétaire Général en établira des copies certifiées adéquates pour informer les États Participants à la Convention ainsi que tous les autres États Membres des Nations Unies et les Institutions spécialisées.
- En foi de quoi les soussignés dûment autorisés par leurs Gouvernements respectifs, ont signé la présente Convention à la date qui est représentée par leurs signatures respectives.
- Signé à l'Office Européen des Nations Unies, à Genève, le 7 septembre 1956.
établi que
- Dans le texte de l'arrêt de la Cour Constitutionnelle 8 juin 1981 n.96 nous trouvons que...
« La notion d'esclavage ou de condition analogue à l'esclavage entendue comme condition de droit prévue aux articles 600-602 du code ... ne tenait pas compte de l'art. 1 de la Convention de Genève 25 septembre 1926 devenue loi interne italienne par d.r. 26 avril 1928 n. 1723... et renouvelée dans la Convention de Genève 7 novembre 1957 approuvée par loi 20 décembre 1957 n. 1304. Dans la liste des diverses situations que la Convention considère institutions et pratiques analogues à l'esclavage plusieurs d'entre elles sont des situations de fait et non de droit car réalisables sans qu'aucun acte ou fait normatif ne les autorise. »
- Et dans le texte de l'arrêt de la Cour d'Assises de Florence, 23 mars 1993, nous trouvons que...
« l'esclavage et la condition analogue doivent être tenus pour des éléments normatifs de l'espèce, dont l'évaluation peut être communément accomplie soit à l'aune d'une norme juridique qui qualifie - positivement ou négativement - une situation de fait spécifique comme esclavage ou condition analogue, soit en application de paramètres historico-sociaux, qui permettent la répression de phénomènes caractérisés par les mêmes aspects d'offense à la personnalité individuelle connotant les figures d'esclavage historiquement connues. »
- Et que selon Cassation pénale sect. V, 7 décembre 1989 in Dir. famiglia 1990, 1095...
« Quiconque réduit en condition analogue à l'esclavage une personne (spécialement si mineure d'âge) ou achète une personne se trouvant dans la condition précitée, ne peut invoquer l'inévitable ignorance de la loi pénale : il s'agit en effet de normes conformes au principe de reconnaissabilité, c'est-à-dire telles à être perçues aussi comme normes extra-pénales de civilité, indubitablement en vigueur dans le milieu socioculturel au sein duquel ces normes opèrent. »
pris acte que
la CARITAS ITALIANA, avec MIGRANTES, USMI, UISG, ASPE, a réalisé les 6-7 décembre 1996 à Rome un séminaire d'étude sur le thème « Traite des êtres humains à fin d'exploitation sexuelle », des actes duquel sont tirés les données et arguments suivants :
- À la veille de l'an 2000 nous nous retrouvons à observer un phénomène que nous croyions disparu pour toujours : l'esclavage. Aujourd'hui la femme et le mineur immigré sont réduits en esclavage, pour pouvoir être objet de plaisir, exploités sexuellement.
Ce phénomène, par nous analysé, implique des milliers de femmes immigrées, leurrées, trompées puis prostituées, contraintes, c'est-à-dire, par la force à se prostituer, par des organisations criminelles italiennes et étrangères qui ont inventé toute forme de chantage, même affectif, pourvu d'obtenir de faciles gains et d'offrir de la « marchandise humaine » à consommer sexuellement.(Caritas Italiana, Migrantes,
Usmi, Uisg, Aspe)
- « LA TRAITE DES FEMMES EST PLUS LUCRATIVE QUE LE TRAFIC DES ARMES ET DE LA DROGUE » : cette déclaration faite en 1983 par Jean Fernand Laurent, rapporteur aux Nations Unies pour cette problématique, n'a pas perdu son actualité et met en lumière aussi la corrélation qu'il y a entre les phénomènes cités. Elle nous rend aussitôt conscients de la dureté et de la complexité de ce qui est le motif de notre réunion d'aujourd'hui : la traite d'êtres humains, en l'occurrence des femmes, à fin d'abus sexuel.
(Pino Gulia, Caritas Italiana)
- TRAITS DESCRIPTIFS DU PHÉNOMÈNE
- L'aspect quantitatif... Les estimations nationales présentées par le PARSEC (Association recherche et intervention sociale en collaboration avec l'Université de Florence) confirment une présence qui oscille entre les 19 000 et les 26 000 unités ; mais le chiffre pourrait être bien supérieur si l'on considère toutes les femmes fait transiter par l'Italie et destinées à d'autres pays européens.
- Flux et provenances....
- Bien qu'avec différentes stratégies et différents niveaux d'implication et de conscience de la part des femmes, le trait commun et distinctif de ce phénomène est l'impossibilité pour les victimes d'intervenir librement dans la gestion de leur propre projet migratoire, donc, la réelle condition d'esclavage à laquelle elles sont contraintes.
- Entre 1989 et 1991 : en concomitance avec certains événements qui impliquent l'Europe et avec la promulgation de la loi 39/1990 les flux s'accroissent notablement, avec des arrivées significatives aussi de l'Europe de l'Est. Du point de vue juridique les arrivées sont principalement clandestines, souvent gérées et coordonnées par de véritables agences de trafiquants, tant italiens qu'étrangers.
- Entre 1992 et 1994 : se caractérisent par des arrivées plus consistantes que les précédentes, principalement de l'Albanie et du Nigeria. Concernant les arrivées d'Albanie il s'agit de jeunes filles très jeunes, principalement célibataires, de provenance urbaine, appâtées par des compatriotes à peine plus âgés qu'elles qui, feignant d'être amoureux et avec la promesse d'un imminent mariage en Italie, les convainquent d'expatrier et, dans un second temps, les contraignent à se prostituer. Les femmes nigérianes sont en moyenne moins jeunes que les albanaises, célibataires, de provenance urbaine, souvent avec des expériences professionnelles de tout autre genre. Les nigérianes sont appâtées par des compatriotes qui avancent l'argent nécessaire pour les documents et le voyage : cette dette initiale devient l'un des liens majeurs pour la sortie du trafic (actuellement le chiffre tournerait autour des soixante millions de lires). Enfin, consistantes aussi les arrivées de l'Est européen de jeunes filles employées dans le travail de rue et, on le suppose, à l'intérieur de boîtes de nuit et de centres esthétiques.
- Actuellement : prédominent encore la présence albanaise et nigériane. Les caractéristiques socio-démographiques des femmes, ainsi que les témoignages des opérateurs, confirment une plus grande information sur l'activité à exercer en Italie, toutefois une plus grande conscience ne les protège pas des traumatismes successifs et continus auxquels elles sont soumises par les conditions d'esclavage dans lesquelles elles vivent. Les arrivées les plus récentes sont caractérisées par des jeunes filles provenant des villages intérieurs des pays et d'un âge toujours plus jeune, surtout pour les albanaises.
- Hypothèse d'intervention...
(...) on estime opportun de considérer les présupposés suivants (...) :
- Que le phénomène a une importance locale et pour cela nécessite un réseau de travail et de soutien qui intervienne tout de suite, concrètement, en faveur des victimes.
- Que le phénomène a une importance nationale et internationale et que par conséquent il nécessite un débat politique vif et attentif.
- Que les sujets auxquels adresser l'intervention sont d'un côté les femmes, à qui est due une réponse immédiate et concrète et la société dans son ensemble, à qui adresser une information responsable et non à sensation sur le thème et un travail de sensibilisation à moyen et long terme, de l'autre côté les clients.
- Intervention opérationnelle sur les victimes : approche, accueil, orientation, assistance psychologique et légale, accompagnement dans un parcours d'autonomie dans une optique de coordination et de travail en réseau entre les diverses ressources du territoire.
(Maurizio Ambrosini, Università Cattolica)
- Projets personnalisés et réalisés sur la base des réelles exigences des personnes (écoute, accueil, reconstruction de la personnalité, réconciliation avec soi-même et avec les autres...)
- Itinéraires avec objectifs et phases.
- Protection juridique (régularisation, dénonciation, assistance juridique...)
- Petites formes d'accueil, en communauté ou familles.
- Possibilité de transferts pour sécurité.
- Réinsertion sociale, scolaire, professionnelle.
- Possibilité de retour au pays, avec des garanties opportunes, pour qui le désire.
- Liaison avec les Ambassades et Consulats italiens dans les pays d'origine (visas) et des Ambassades des pays d'origine en Italie (appui, documents, retours.....)
(Maria Teresa Tavassi, Caritas Italiana)
- LA TRAITE DES FEMMES ÉTRANGÈRES IMMIGRÉES EN ITALIE
... pour la quasi-totalité des nouveaux sujets qui se vendent dans la rue, les prostituées immigrées, c'est un travail esclave : elles sont amenées par la traite des êtres humains à fin d'abus sexuel. La recherche faite par le Parsec et par l'Université de Florence en avril 1996 pour la conférence de Vienne estime leur nombre - au dire de témoins privilégiés - entre 18 800 et 25 100. Il s'agit de données approximatives qui auraient besoin de plus de confirmations, mais globalement en donnent les dimensions.
(Don Fredo Olivero, Caritas diocesana di Torino)
- Analyse de la situation
- La traite des femmes africaines (Nigeria, Ghana)
- L'immigration organisée et massive en Italie de femmes africaines de l'aire subsaharienne (Nigeria en particulier, Ghana avec passeport nigérian...) commencée fin '88, a eu une forte augmentation en '89-'90 (surtout dans les derniers mois quand était en discussion la loi Martelli), a continué dans une moindre mesure en '91 jusqu'à aujourd'hui.
- En Italie, selon des données recueillies dans les villes chefs-lieux de province en 1989, sont au moins 6000 les femmes nigérianes arrivées avec visa de l'Ambassade italienne au Nigeria (Lagos) qui exercent le travail de prostituée dans la rue.
- Dans la seule province de Turin elles sont plus de 600 à vivre et représentent la quasi-totalité des femmes nigérianes présentes sur le territoire, et exercent la prostitution de rue dans toute la région.
- Elles proviennent toutes des mêmes aires du sud du Nigeria, des villes de Benin City, Lagos ou de quelque petite ville de l'intérieur et appartiennent aux tribus Ibo, Yoruba, Benin, Edo.
- Comment elles arrivent en Italie
Nous vous rapportons les données des témoignages de centaines de jeunes filles, confirmées par des preuves et des recoupements objectifs.
- L'arrivée - pour presque toutes, jusqu'en 1991 - est l'aéroport de Rome et dernièrement Linate et Malpensa, et le départ - pour toutes - est l'aéroport de Lagos (Nigeria), avec visa de transit de 3 à 15 jours délivré par l'ambassade italienne de Lagos, obtenu à travers quelqu'un qui « a pris à cœur » leur dossier, payant l'équivalent de 4-5 millions de lires normalement à des citoyens nigérians qui « ont accès aux bureaux consulaires de l'Ambassade », avec lesquels ils collaborent, et réussissent à l'obtenir, ou bien dans des agences de change ou de voyages près de l'ambassade.
- Le passeport est obtenu directement de la police locale qui le prépare et le vend. Ce sont des passeports « réguliers », acquis à travers l'organisation criminelle. Cela vaut aussi pour qui est déjà en Italie : il lui sera envoyé par la poste, ou à travers un ami ou un parent.
- Il y a des cas de femmes qui ont eu le même jour le refus de visa et - après quelques heures - le visa par les bons auspices de ces messieurs et le versement du « pot-de-vin » correspondant. Le visa de transit prévoirait un billet d'avion pour d'autres localités mais dans ces cas il ne sert pas.
- Ces dernières années ('93-'96) arrivent aussi des citoyens du Bénin et des Ghanéens, via Paris ou via Bucarest, Sofia, Larnaca, Moscou, Amsterdam et Bruxelles. Les groupes les plus nombreux de nigérianes arrivaient à Rome avec visa de transit ou visas d'entrée collectifs pour « pèlerinage religieux à divers lieux sacrés italiens » (le nombre des femmes enregistrées pour chaque visa est d'environ 15-20). Cela jusqu'en 1993.
- Quelles solutions pour la prostitution immigrée soumise à la traite
- Il faut avant tout analyser la condition de vie. Le problème doit être affronté en termes correspondant à la réalité : la prostitution de femmes immigrées n'est pas une prostitution « par choix », mais par contrainte ; c'est donc une traite de femmes et d'hommes finalisée à l'exploitation sexuelle. Importante et caractérisante est la condition d'esclavage ou de demi-esclavage dans laquelle elles sont réduites et non seulement le fait de se vendre dans la rue ou dans des locaux fermés.
- Aujourd'hui en Italie est dominante la prostitution qui ne naît pas du malaise de l'immigration mais du commerce international. à beaucoup de femmes est enlevée (avec la soustraction des documents personnels) leur identité : leur est enlevée la possibilité de documenter qui elles sont, d'où elles viennent, quand et comment elles sont entrées et le pays même et la communauté de provenance.
- Dans la traite surtout de femmes africaines est impliquée comme victime aussi la famille : il y a la possibilité de subir des chantages, des violences de la part de la criminalité organisée avec de fortes connivences dans les institutions locales (surtout la police).
- Leur sortie « de la rue » comporte aussi pour elles des risques de subir des violences de l'organisation, qui d'habitude opère directement à travers des collecteurs-contrôleurs (« maman », « garçon », « compatriote-exploiteur »). Il n'est pas rare le cas de balafres, de coups de couteau, de violences sexuelles de groupe et parfois le meurtre de qui échappe aux règles et invite d'autres à faire le même chemin.
- L'expérience de prostitution laisse une marque profonde sur la vie de la personne.
- Il y a donc le chemin de récupération, de reprise de leur dignité de femmes qui reviennent à revivre sans vendre leurs corps. Cela nécessite (outre la sortie du monde du sexe acheté) d'un temps de pause, de réflexion et d'une expérience de vie personnelle et sociale positive, si possible insérée dans le monde du travail.
- Le « travail dans la rue » laisse aussi des marques physiques : les risques pour la santé sont très grands et parfois les symptômes se font sentir après de nombreux mois (SIDA en particulier).
- La prostitution à l'Est : la première réponse à la traite des Albanaises (1995-96)
- La quasi-totalité de la prostitution albanaise est forcée, même si ce qui les a convaincues de partir ont été la misère, le manque de travail, la destruction du tissu social, le manque de perspectives. Et puis parce qu'une jeune fille « dont on a jasé » ou de rue ne peut rentrer à la maison : la tradition, la psychologie, le sens de l'honneur l'interdisent : c'est une honte.
- La vraie prostitution n'est pas acceptée par la culture albanaise (et n'existait pas sinon couverte dans certaines boîtes de danse gérées par la minorité égyptienne-albanaise).
- Selon les lois médiévales de Lec Ducayni - encore acceptées par la tradition surtout paysanne et montagnarde - « une jeune fille dont on a jasé ne pouvait se marier qu'avec la balle dans sa dot d'épousée et pouvait être tuée en toute occasion par le mari, beau-père, beau-frère ou par le fils parce que la balle avait été payée par sa famille. En ces occasions le père, prenant le cadavre de la fille, devait dire : « Béni soit ton fusil, ô maître de maison ! » » (d'après un témoignage albanais). La traite à fin d'abus sexuel concerne aussi quelques mineurs mâles à Turin et le phénomène n'est pas évident.
- Le gouvernement albanais « convaincu » par les investissements qui sont faits dans le Pays avec les gains de la criminalité organisée, feint de ne pas voir ; la police albanaise lucre directement sur les documents et sur la facilitation des passages. Il doit donc y avoir un rapport sérieux entre gouvernements pour mettre fin - de ce côté-ci et de ce côté-là - au crime organisé, sans demi-mesures et avec des pools de forces de l'ordre adéquats et sûrs.
- La construction de perspectives pour toutes les victimes de la traite
- LES INITIATIVES INTERNATIONALES DANS LE CADRE DU TRAFIC DES ÊTRES HUMAINS
- CONCLUSIONS OPÉRATIONNELLES
- On ne peut ignorer et taire face à un problème qui naît à l'intérieur de ce phénomène et qui implique un si grand nombre de personnes.
- La traite des femmes immigrées réduit la femme à un état d'exploitation et d'esclavage : il faut défendre et restituer la dignité de personne humaine à ces femmes.
- Ce sont des femmes provenant des Pays les plus pauvres de l'Est européen et du monde.
- Beaucoup de ces personnes sont mineures.
- Beaucoup d'entre elles désirent sortir du circuit et cherchent soutien et protection.
- Si l'offre existe c'est signe qu'il y a une demande.
- Cette nécessité est l'indice de la dégradation morale, sociale, civile de notre Pays, même si le problème s'étend au territoire européen.
- Qu'on pense sérieusement à la possibilité d'une révision législative qui concède le permis de séjour à qui, mineur ou adulte, décide de sortir « du circuit », qu'ils donnent une contribution pour démasquer les organisations criminelles ou non.
(Elvio Damoli, Direttore Caritas Italiana)
- DÉCLARATION DE LA MINISTRE LIVIA TURCO
« Je suis de plus en plus convaincue que le problème aujourd'hui n'est pas dans la prostitution, mais un véritable phénomène de traite. La presse et les moyens de communication sociale doivent donner une information correcte sur ce phénomène. Dernièrement, en discutant de la « traite », avec une journaliste déjà sensible, j'ai remarqué que mon interlocutrice restait un instant interdite devant le type de terminologie utilisé par moi. Cela, donc, devra être un premier moment de confrontation pour un travail commun : donner une information correcte qui implique dans la sensibilisation au phénomène les autorités laïques, politiques et religieuses. Le nôtre ne doit pas être un travail isolé. Il est nécessaire d'intéresser un réseau, pour avoir des référents au niveau institutionnel. Il sera donc juste l'implication au niveau local des Administrations, pour qu'elles interviennent et soutiennent les propositions et se chargent du problème. »
considérant que
- sur la base des données et des arguments exposés ci-dessus, joints à l'observation de ce qui se passe en horaire de soirée sur les trottoirs de la ville, on doit en tirer que des centaines de jeunes filles dans notre ville (comme des dizaines de milliers dans notre pays) subissent manifestement et à tous les effets une des plus infames et inacceptables violations des droits humains : la réduction en esclavage
- les utilisateurs finaux de cette colossale traite des blanches et des noires sont des centaines de milliers de citoyens mâles italiens et, pour ce qui concerne notre Commune, des milliers de citoyens mâles gênois ; c'est pour l'avantage charnel de ceux-ci que le commerce d'esclaves dans notre pays et dans notre ville est né, prospère et s'étend ;
- ne peut se dire civile, dans l'acception illuministe du terme, une communauté qui permette et tire avantage de la réduction en esclavage de milliers de jeunes filles ; à cette incivilité s'ajoute une insupportable hypocrisie quand par convenance (consciente ou inconsciente) on nie qu'une telle situation de fait subsiste, ou qu'on en amoindrisse l'ampleur et l'importance, et en même temps on dédie d'existantes ressources et énergies à la protection d'une vaste gamme de droits de moindre priorité par rapport à ce fondamental droit de liberté et d'autodétermination de l'individu que le régime d'esclavage abolit et efface totalement
- le problème de l'esclavage à fins de prostitution en Italie est un phénomène qui se manifeste surtout dans les grandes aires urbaines, où la clientèle est plus grande ; il est donc nécessaire que chaque Commune, même dans la nécessaire coordination avec les autres institutions, se mette en mesure de pourvoir elle-même à la mise en œuvre de stratégies intelligentes aptes à affronter dignement le phénomène
- la traite des esclaves à fins de prostitution est facilitée par le fréquent manque d'informations, dans les pays où les jeunes filles sont recrutées, sur ce qu'elles seront contraintes d'accomplir une fois en Italie
engage le Maire et l'exécutif
- à représenter au Président du Conseil des Ministres, au Ministre de l'Intérieur, au Ministre des Affaires Étrangères, au Ministre de la Famille et de la Solidarité sociale, au Président de la Chambre, au Président du Sénat et aux Présidents des Commissions Justice et Affaires Sociales des deux branches du Parlement l'intérêt du Conseil Municipal à ce que :
- le Parlement Italien procède au plus tôt aux opportunes révisions législatives, finalisées à l'effective protection des droits humains des individus qui en Italie se trouvent à vivre en régime d'esclavage
- l'Italie recherche des liens continus de collaboration avec toutes les nations dans lesquelles habituellement sont recrutées les jeunes filles à acheminer vers la prostitution dans notre pays, finalisés à la production d'opportunes campagnes d'information à diffuser dans lesdites nations par voie de presse et de spots télévisés, et dans lesquelles soient mis en évidence les risques que les jeunes filles courent à se laisser conduire dans notre Pays sans plus que de justes garanties
- l'Italie transmette au Parlement Européen la demande formelle que soient mises à l'étude et donc entreprises par la Communauté Européenne toutes les initiatives opportunes aptes à affronter et à combattre la traite des femmes en Europe
- l'Italie transmette à l'O.N.U. l'intérêt de notre pays à ce que :
- le thème de la réduction en esclavage et de la traite d'êtres humains dans le monde soit placé au plus tôt à l'ordre du jour d'une séance de l'O.N.U.
- le délit de réduction en esclavage soit universellement considéré comme un véritable crime contre l'Humanité
- soit en conséquence institué un Tribunal International pour les crimes de la typologie susdite
- soient entreprises de fortes actions à l'encontre des nations qui trop peu œuvrent pour combattre la réduction en esclavage et la traite des êtres humains à l'intérieur des frontières de leur propre territoire
- à promouvoir la constitution d'une Conférence des Maires et des Administrations Locales finalisée à la consultation mutuelle et à une commune coordination pour les diverses initiatives locales aptes à affronter le phénomène de l'esclavage
- à s'activer aux fins de créer et rendre opérationnels des centres d'accueil aptes à offrir un confortable et sûr refuge à toutes les jeunes filles en régime d'esclavage qui voudraient tenter de se soustraire à leurs maîtres
- à réaliser une brochure, traduite dans les langues propres des principales nationalités des jeunes filles étrangères qui se prostituent en Italie, dans laquelle soient expliquées, de manière exhaustive, simple et claire, toutes les possibilités, options et garanties que l'État Italien et la Ville de Gênes offrent aux prostituées et esclaves désireuses de changer de vie, et ensuite pourvoir à distribuer de manière capillaire cette brochure parmi les prostituées qui foulent les trottoirs de la ville
- à réaliser une série d'affiches, à placer en ville, lesquelles pourvoient :
- à sensibiliser la population sur l'existence en ville, comme en Italie, d'une véritable traite des esclaves, et que l'offre d'esclaves est alimentée en premier lieu par le fait qu'il y en a une demande
- à informer dans leurs principales langues d'origine les prostituées et les esclaves sur leurs droits et les opportunités, en fournissant un numéro vert pour de plus amples informations
- à transmettre copie de la présente motion approuvée à l'ONU, en même temps qu'une précise et résolue demande de s'activer avec la plus grande détermination
- à transmettre copie de la présente motion approuvée aux Maires et aux Présidents des Conseils Municipaux de tous les chefs-lieux italiens, ainsi que l'invitation à s'associer et à collaborer dans la Conférence susdite
- à transmettre copie de la présente motion approuvée à tous les Parlementaires italiens, aux Ministres du Gouvernement Italien, au Président de la Chambre, au Président du Sénat et au Président de la République, ainsi qu'une note de sensibilisation par rapport au problème en objet
Auteur de la proposition : R.Quaglia
(Lista Pannella).
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Résultat du vote
L'ordre du jour a été approuvé avec 30 voix favorables et sept contre (Lega). À relever le fait que le Maire Adriano Sansa, présent en salle, n'a pas voté. Le Chef de groupe des populaires, Giorgio Guerello, est sorti de la salle un instant avant le vote.
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Revue de presse

Le seul article paru à la suite de mes efforts a été celui-ci, de « LA STAMPA ».
D'autres quotidiens, comme « IL SECOLO XIX » ET « LA REPUBBLICA - IL LAVORO » et « IL CORRIERE MERCANTILE », étant des journaux qui s'occupent spécifiquement de ce qui se passe à Gênes, n'ont évidemment pas jugé opportun de s'étendre sur une affaire comme celle dont on parle sur cette page, qui apparemment n'a rien à voir avec Gênes.
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